Résilience - 2e partie

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La Résilience

Découvrez des manières simples, mais efficaces d’accroître l’estime de soi de votre enfant et de l’aider à développer sa capacité à faire face aux éventualités et aux défis de la vie.

Sur la voie de la résilience

Les études ont identifié sept aspects de la vie d’un enfant associés à la résilience. Ces sept aspects fonctionnent main dans la main. En améliorant l’un des aspects, on peut avoir un impact énorme sur les six autres. Les jeunes qui sont résilients et réussissent malgré un mauvais départ sont ceux qui peuvent explorer, identifier de nouvelles solutions ou des façons de faire afin de mieux s’adapter et obtenir les ressources dont ils ont besoin pour vivre les sept aspects de la résilience. Ces aspects sont les suivants :

  1. L’accès aux ressources matérielles : la disponibilité d’aide et/ou d’occasions financières, médicales et d’emploi, ainsi que l’accès à la sécurité, la nourriture, les vêtements et un toit.
  2. Relations : les relations amoureuses à long terme, les relations avec les pairs, et les adultes de sa famille et de sa communauté.
  3.  Identité : le sentiment d’être aimé pour soi; un sentiment personnel et collectif d’avoir un rôle à jouer; une auto-évaluation de ses forces et de ses faiblesses, de ses aspirations, de ses croyances et valeurs, y compris une identification spirituelle et religieuse.
  4.  Pouvoir et contrôle : le fait de prendre soin de soi et des autres; la capacité à mettre en place le changement dans son environnement social et physique, afin d’accéder à des ressources saines.
  5.  Adhérence culturelle : l’adhérence à des pratiques culturelles, des valeurs et des croyances locales et/ou internationales.
  6. Justice sociale : le fait d’être traité équitablement dans sa communauté; de trouver un rôle gratifiant chez soi ou à l’école; l’égalité sociale.
  7. Cohésion : équilibrer ses intérêts personnels avec un sens de responsabilité envers le bien d’autrui; sentir que l’on fait partie de quelque chose de plus grand que soi, socialement et spirituellement.
Les enfants seront plus enclins à comprendre leurs forces si les ressources pouvant les aider à vivre les sept aspects de la résilience sont mises à leur disposition. La bonne nouvelle, c’est que changer l’un de ces aspects de la résilience changera aussi les autres. Par exemple, si votre Petite Sœur subit l’intimidation à l’école, vous pouvez lui parler de la façon dont elle peut se protéger et obtenir de l’aide. Elle apprendra de vous que personne ne mérite d’être maltraité et vous l’aiderez aussi à vivre une relation positive, un renforcement de son identité et la sécurité à l’école. Vous lui signifierez également qu’elle mérite d’être traitée équitablement dans sa communauté, la pierre angulaire de la justice sociale.

Il est important d’aider l’enfant que vous mentorez à vivre les sept aspects de la résilience d’une façon qui corresponde à sa personnalité, aux valeurs et aux croyances de sa famille, aux attentes de leur communauté et à leur culture .

Exercice

(adapté de Counseling in Challenging Contexts (Accompagner et Soutenir dans des contextes difficiles), de Michael Ungar) :

Repensez à une situation où vous avez aidé quelqu’un à surmonter avec succès un défi dans sa vie. La personne que vous avez aidée pourrait être quelqu’un avec qui vous travailliez, un ami ou un membre de votre famille. Analysez la situation en vous posant les questions suivantes :

  • Quel était le problème auquel la personne était confrontée?
  • Pourquoi étiez-vous la bonne personne pour l’aider?
  • Quelles étaient vos croyances par rapport à la faculté de la personne de s’aider elle-même?
  • Où pensiez-vous pouvoir trouver une solution au problème?
  • La solution vous a-t-elle obligé à accéder à de nouvelles ressources?
  • Avez-vous eu besoin de penser différemment au problème pour trouver la solution?
  • À votre avis, que ressentait la personne quand elle était avec vous?
  • Avez-vous proposé votre aide d’une manière qui corresponde à la façon dont vous voulez être perçu par les autres?
  • Y a-t-il certaines situations où aider vous a mis mal à l’aise dans votre rôle?
Tout en réfléchissant à vos réponses à ces questions, demandez-vous ce qui, dans votre personnalité et votre relation, vous a permis d’aider la personne efficacement. C’est une attitude optimiste et encourageante, centrée sur les forces de la personne, ainsi qu’un effort conscient pour les aider à trouver leur chemin, qui permet d’ouvrir un chemin vers la résilience.

En tant que mentor, vous aurez l’opportunité d’aider l’enfant que vous mentorez à chercher des solutions aux défis qu’il rencontre. Le temps que vous passez avec lui peut l’aider à explorer diverses solutions. Sa capacité à explorer et surmonter les difficultés avec succès sera améliorée par la qualité et la quantité des relations de l’enfant avec sa famille, ses pairs et sa communauté. N’oubliez pas que l’enfant que vous mentorez participera de plein gré uniquement aux choses qui ont du sens pour lui. Si vous lui proposez une solution qui ne s’intègre pas à sa culture ou à son contexte (ex. qui ne correspond pas à ses valeurs ou à la façon dont il et ceux qui l’entoure, vivent leurs vies), cette solution sera sans doute rejetée.

Considérez ces deux approches à une situation où votre Petit Frère est très timide :


  • Votre Petit Frère est fils unique dans une famille monoparentale. Sa mère travaille à temps partiel et se bat avec la dépression depuis des années. Il a passé la majorité de sa vie à s’amuser tout seul à la maison. Quand vous l’emmenez voir un événement sportif ou un festival d’extérieur, il devient anxieux et, rapidement, demande à rentrer à la maison. Vous décidez alors de l’emmener à la bibliothèque (il adore lire) et à un magasin de jeux électroniques qui organise des concours hebdomadaires. Votre Petit Frère est beaucoup plus à l’aise dans cet environnement et est plus heureux d’interagir avec d’autres enfants quand il s’agit de petits groupes. Vous commencez à comprendre qu’il est vraiment timide, mais qu’il adore également que son Grand Frère s’occupe de lui. Il aime se mélanger aux autres socialement, mais dans un contexte moins chaotique et quand il y a moins de monde.
  • Votre Petit Frère est le troisième d’une famille de cinq enfants. Ses parents vous disent qu’il est très timide. Quand vous arrivez, il court vers vous, mais ne dit rien. Vous vous demandez alors s’il est réellement timide, ou s’il s’est simplement habitué à devenir invisible dans une famille nombreuse. Vous commencez par l’emmener au parc et à des matchs de basket locaux. Vous remarquez que, peu à peu, il commence à parler et à rire davantage lorsqu’il est avec vous. Puisqu’il commence à sortir de sa coquille, vous l’emmenez alors dans des endroits où il peut interagir avec plus d’enfants, comme une salle de jeu locale. Plus vous lui donnez de l’attention, plus il rencontre d’enfants, plus il se sent sécurisé, bavard et joueur. Il vous suggère bientôt des activités qui impliquent souvent beaucoup de jeux et d’interaction avec les autres.
Bien que les deux enfants semblent timides au premier abord, les solutions pour les aider à se sentir à l’aise hors de chez eux sont très différentes. Si nous pensons à aider les enfants à explorer et à trouver ce dont ils ont besoin d’une façon qui a du sens pour eux, nous voyons que leurs mentors ont très bien réussi à adapter les sorties aux besoins de chaque enfant. Dans les deux cas, un niveau acceptable de stress a été mis sur l’enfant et sa réaction aux sorties a aidé le Grand Frère à déterminer ce qu’il fallait ensuite qu’il fasse. Dans ces exemples, les Grands Frères ont respecté le contexte de chaque enfant et leur ont donné ce dont ils avaient besoin, d’une façon qui correspondait à l’enfant et avait du sens pour lui. Il est donc important d’aider l’enfant que vous mentorez à s’investir pour obtenir les ressources dont il a besoin pour ainsi mieux surmonter les difficultés et, encore une fois, d’une façon cohérente pour eux. Faites preuve de sensibilité envers le contexte et la culture dans lesquelles ils vivent. Voici une situation où la jeune que vous mentorez est encouragée par ses pairs à boire de l’alcool :

Votre Petite Sœur de 13 ans vous dit qu’elle a des amies qui boivent et qu’elle a bu « quelques gorgées de bière ». Vous vous doutez qu’elle vous cache quelque chose de plus grave, mais vous savez aussi qu’elle a grandi dans une famille où les deux parents ont des problèmes d’alcoolisme et qu’elle a vu la violence qui y est associée. Plutôt que de lui dire de ne pas boire, vous lui demandez plutôt si elle sait comment l’alcool affecte les gens. Puis, vous lui demandez ce qu’elle ressent quand elle boit. Elle vous confie qu’elle a peur de devenir comme sa mère, mais qu’elle craint aussi que ses amies la voient comme étant différente. Les familles de ses amies n’ont pas été aussi touchées par l’alcool que la sienne. Pour aider votre Petite Sœur à mieux s’investir pour avoir des relations positives et une identité qui la remplirait de fierté, vous lui demandez : « Comment pourrais-tu être différente de tes amies, mais rester une jeune femme forte, qui gagne leur respect? » Elle veut prendre ses décisions elle-même et décide de se trouver un rôle qui lui permettrait de passer du temps avec ce groupe d’amies, sans boire d’alcool. Quelques semaines plus tard, votre Petite Sœur vous dit qu’elle suit des cours de danse au centre communautaire et qu’elle veut se concentrer sur sa santé. Ses amies ont ri d’elle au début, mais elles ont arrêté de lui dire de boire quand elle est en leur compagnie. Elle a aussi décidé que, lorsqu’elle est avec ses amies et qu’elles boivent, c’est elle qui s’assurera que tout le monde est en sécurité. En tant que Grande Sœur, vous lui dites que vous êtes fière qu’elle ait pu trouver une excellente solution.

Faire face et surmonter une telle situation comme celle-ci peut être difficile. Le contexte et la culture dans laquelle l’enfant a grandi ont renforcé le fait que boire avant d’en avoir l’âge est quelque chose d’acceptable. Dans ce cas, la Grande Sœur a aidé sa Petite Sœur à s’éloigner du modèle familial et à trouver une façon d’être fière d’elle.

Parfois, ce qu’un enfant a vraiment besoin est une identité « ancrée », quelque chose qui s’applique tout particulièrement à un groupe de personnes qui ont un ensemble spécifique de valeurs, de croyance et d’histoire (héritage culturel). Dans ces cas, il est souvent préférable de poser beaucoup de questions aux gens de la même culture pour déterminer les activités que l’enfant que vous mentorez pourrait apprécier. Par exemple :

Votre Petite Sœur vient d’une communauté Cree, mais habite une grande ville au sud du Canada. Vous n’êtes pas aborigène, mais connaissez l’histoire du peuple des Premières Nations et les problèmes qu’ils rencontrent. Vous savez que les autres enfants insultent parfois votre Petite Sœur à l’école et qu’elle se sent mal à l’aise si elle participe à des activités où il n’y a aucun enfant ou adulte des Premières Nations. Vous demandez à sa mère de vous recommander des activités appropriées. Elle aime les activités que vous choisissez, mais suggère que vous assistiez à des événements communautaires des Premières Nations, comme le pow-wow annuel. Vous y emmenez votre Petite Sœur, mais, puisque vous ne connaissez pas les différentes activités de l’événement, vous demandez aux organisateurs de vous faire une visite guidée. Ensemble, vous apprenez beaucoup sur les différentes traditions aborigènes et passez la journée à faire des travaux manuels, à chanter, à danser et à manger. À la fin de la journée, votre Petite Sœur dit, avec un grand sourire : « C’était bien de voir des gens comme moi! » et elle se précipite chez elle pour montrer à sa mère les travaux manuels qu’elle a faits.

Aider l’enfant que vous mentorez à se trouver est un processus essentiel d’exploration, d’encadrement et d’investissement face à la relation, pour obtenir une identité forte. En tant que mentor, vous avez beaucoup d’influence sur les rôles modèles positifs ou négatifs que l’enfant trouvera, et de ce qu’il pense de lui lorsqu’il se regarde dans la glace.

Points-clés à ne pas oublier

  • Changer l’un des sept aspects de la résilience influe sur les six autres.
  • Les jeunes gens seront plus à même de comprendre leurs forces quand on met à leur disposition des ressources nécessaires pour qu’ils puissent vivre les sept aspects de la résilience.
  • Vos actions, en tant que mentor, peuvent avoir un impact sur la façon dont l’enfant que vous mentorez apprend à explorer et s’investir pour obtenir les ressources dont il a besoin, d’une façon qui a du sens pour lui.