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Section quatre - Qui sont les jeunes pris ou ayant été pris en charge

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MENTORAT DES JEUNES AUX SERVICES PROTECTION

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L’Ontario compte 3,1 millions d’enfants et près de 17 000 d’entre eux sont au soin d’une Société d'aide à l'enfance. Cela signifie qu’au quotidien, 1 enfant sur 182 en Ontario est un enfant pris en charge. Parmi les 17 000 enfants pris en charge, environ 9 200 enfants et jeunes sont des pupilles permanentes de l’État et les Sociétés d'aide à l'enfance en assument pleinement les responsabilités de tutelle. Les recherches montrent que les enfants et les jeunes pris en charge sont généralement défavorisés par rapport aux enfants et aux jeunes de la population canadienne générale, et ce, dans de nombreux domaines, y compris le niveau d’études, l’emploi et la santé.

Deva_Zorina_soccerball03_MRActuellement, au Canada, environ 2 291 jeunes atteignent chaque année l’âge limite de la prise en charge par les services d’aide sociale à l’enfance (Le « Conference Board of Canada 2014). La majorité de ces jeunes quittent leur famille ou leur foyer d’accueil à l’âge de 18 ou 19 ans; en fonction de leur province de résidence. À 21 ans, les subventions gouvernementales limitées qu’ils recevaient jusque-là cessent presque complètement, en même temps que le soutien émotionnel qu’ils recevaient de la part du personnel et des anciens prestataires de soins. Ils doivent également trouver les moyens et les ressources de mener une vie véritablement autonome. Dans l’ensemble, les jeunes pris en charge font face à des situations difficiles lors de leur passage à l’âge adulte. À 18 ans, ces jeunes doivent assumer la responsabilité de leur santé, de leur bien-être, de leurs relations, de leur emploi, de leur foyer, de leur éducation et de leurs liens dans leur communauté. Sans le soutien financier et moral que la plupart des enfants canadiens considèrent comme acquis, ils se démènent pour faire face à ces difficultés de la vie adulte. Ces difficultés incluent la difficulté du transfert vers les systèmes de soutien pour adultes, comme la santé et la santé mentale, la justice pénale et les services sociaux. Beaucoup de ces jeunes n’ont pas acquis les connaissances et les compétences nécessaires pour naviguer à travers ces différents services. Par conséquent, ils rencontrent de nombreux problèmes qui entraînent des coûts sociaux et économiques considérables, notamment le chômage chronique, les grossesses non planifiées, l’itinérance et l’incarcération, pour n’en citer que quelques-uns.

Clairement, ces jeunes ont des circonstances de vie et des chances d’épanouissement nettement inférieures et des difficultés et des épreuves considérablement supérieures à celles des autres jeunes de l’ensemble de la population :

  • 40 % des anciens jeunes pris en charge ont été sans-abri ou sans domicile fixe à un certain moment depuis qu’ils ont quitté les services d’aide à l’enfance (25 est le nouveau 21, 2012 – Rapport du Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes)
  • Seulement 30 % des enfants confiés aux services d’aide à l’enfance obtiennent un diplôme d'études secondaires, comparativement à 88 % de l’ensemble des jeunes du pays. En Ontario, seulement 44 % des jeunes pris ou ayant déjà été pris en charge terminent leurs études secondaires, alors que le taux de diplômés du secondaire atteint 81 % pour l’ensemble des élèves de l’Ontario (25 est le nouveau 21, 2012, et Le Conference Board of Canada)
  • De nombreux rapports, certains remontant jusqu’au milieu des années 1980, prouvent que les jeunes quittant la prise en charge sont surreprésentés dans le système judiciaire juvénile, dans les centres de santé mentale et dans les refuges pour sans-abri (AOSAE, Rapport annuel, 2009)
  • Selon Jeunes pris en charge Canada (www.youthincare.ca/fr), un jeune sur cinquante a été confié à un service de protection de l’enfance. Ce chiffre inclut un nombre disproportionné d’Autochtones. Il y a près de 100 000 enfants et jeunes pris en charge au Canada. Bien que seulement 2 % de la population ontarienne soit autochtone, les enfants et les jeunes autochtones représentent 22 % des pupilles de l’État de l’Ontario. (Statistiques colligées dans Le Livre de ma VÉRITABLE histoire : Rapport sur des audiences publiques des jeunes quittant la prise en charge. Bureau de l'intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, mai 2012, p 33.)
  • Les jeunes quittant la prise en charge ont tendance à avoir plus de problèmes de santé mentale que leurs pairs. Des médicaments pour troubles psychiatriques sont prescrits à plus de 46 % des pupilles de l’État. À l’atteinte de l’âge limite de la prise en charge, ces jeunes perdent souvent leur assurance-médicaments. La capacité de contrôle des maladies mentales graves diminue radicalement sans accès à des médicaments prescrits. Un échantillon aléatoire de pupilles de l’État permanents en Ontario montre que près du tiers des jeunes encore pris en charge souffrent d’un trouble psychologique. Dans ce groupe, 49 % des jeunes avaient également un autre type de difficulté. De plus, les jeunes quittant la prise en charge ont un taux plus élevé d’alcoolisme et de toxicomanie.

Les recherches et l’expérience pratique confirment les risques supplémentaires encourus par ces jeunes et suggèrent la nécessité d’une collaboration multisectorielle afin de contrer ces nombreux dangers souvent complexes.

Les coûts sociaux et économiques

En avril 2014, le Conference Board of Canada a publié les résultats d’une nouvelle étude comparant le coût social et économique des jeunes quittant la prise en charge sans soutien et les avantages sociaux et économiques que pouvait apporter un investissement dans leur réussite et leur bien-être.

Les résultats sont stupéfiants:Pourquoi?
Le besoin de mentorat

Cela fait longtemps que le secteur canadien de l’aide sociale à l’enfance sait qu’il est nécessaire de créer un programme de mentorat de grande envergure entraînant des résultats positifs pour les jeunes quittant la prise en charge. Le secteur considère qu’il s’agit d’une lacune grave dans la prestation de services destinés à cette population profondément vulnérable. Le Plan directeur visant un changement fondamental du système de bien-être de l'enfance de l'Ontario souligne l’importance d’une relation épanouissante de longue durée et recommande expressément que les enfants et les jeunes pris en charge aient des occasions de « jumelage à des pairs-mentors ayant vécu la prise en charge ou à des mentors adultes issus de la communauté faisant partie d'organismes de mentorat officialisés répondant aux besoins particuliers des jeunes ». Cet appel à projets a été soutenu en partie par les résultats de recherches préliminaires, comme la méta-analyse sur les programmes de mentorat de DuBois, Holloway, Valentine et Cooper menée en 2002. Cette analyse constate que les jeunes à risque sont ceux qui peuvent tirer le plus profit du mentorat. Le présent document s’efforcera de contribuer à combler cette lacune en s’assurant que tous les jeunes confiés aux services de protection de l’enfance puissent bénéficier du soutien d’un mentor attentionné sur lequel ils peuvent compter.

Andrew_Shawn_baseball_010_MRSouvent, les enfants pris en charge ont vécu des expériences traumatisantes ayant provoqué leur retrait de leur foyer, ce qui compromet leur capacité à nouer des relations saines. Des relations saines (et le sentiment de sécurité, de confiance, d’appartenance et de sécurité qu’elles favorisent) permettent à un jeune de développer son estime de soi. Ces jeunes adoptent souvent des mécanismes dysfonctionnels pour faire face à leurs traumatismes, leurs pertes et leurs peurs, et ils se font ainsi regarder négativement par les autres, qui leur donnent alors une réputation erronée (par ex., paresseux, méchant, mauvais comportement, etc.). Ce cercle vicieux, associé à une perturbation continue, entraîne trop souvent une myriade de résultats négatifs.

Il est primordial d’interrompre ce cercle vicieux. Remplacer l’instabilité et le manque de moyens (qui alimentent les mécanismes dysfonctionnels) par une relation stable et patiente avec un mentor bien préparé, persistent et fiable, est un moyen d’interrompre ce cycle. En effet, alimenter un sentiment d’appartenance peut renforcer l’estime de soi et aider le jeune à s’approprier une nouvelle identité de lui-même et s’identifier comme un membre résilient, important et à part entière de la communauté.

Une étude récente, réalisée par l’Institut de protection de l’enfance, a conclu que les experts du domaine de la protection de l’enfance sont d’accord pour affirmer qu’un « lien permanent avec au moins un adulte engagé offrant une relation sécuritaire, stable et rassurante… favoriserait une meilleure réussite chez les jeunes quittant la prise en charge » (Literature Review: Best Practices in Transitioning Youth Out of Care, Child Welfare Institute 2014).

Plus important encore, le besoin d’avoir un mentor attentif a été exprimé à maintes reprises par les jeunes eux-mêmes :

« Je pense qu’avoir un Grand Frère ou un mentor serait un réel atout pour le système. Cela permettrait aux enfants de voir que la vie est dure et que les choses ne se passent pas toujours comme ils le voudraient, mais qu’ils peuvent avoir un avenir meilleur, même si leur passé a été très difficile. »
– Ancien jeune pris en charge, ayant pris la parole lors des audiences sur les jeunes pris en charge de 2012, tenues à Queen’s Park, à Toronto.

« Je me sentais très seule et j’imagine que j’aurais aimé avoir quelqu'un à qui parler, une personne qui m’aurait comprise et dit qu’il est normal que je ressente de tels sentiments. »
– Katelynn, 21 ans, ancienne jeune prise en charge

L'impact du mentorat

Une étude sur le bénévolat menée par la firme Boston Consulting Group pour les Grands Frères Grandes Sœurs du Canada en 2013 révèle que les services de mentorat pour les jeunes vulnérables ont un impact profond sur la direction que prendra leur vie. Comparativement à leurs pairs n’ayant pas eu de mentor, ces jeunes mentorés sont :

  • 17 % plus susceptibles d’occuper un emploi rémunéré et de gagner un salaire de 13 % supérieur en moyenne, entraînant une augmentation de revenu d’environ 315 000 $ au cours de leur vie (comme l’indiquait déjà les résultats de l’étude du Conference Board of Canada).
  • 50 % plus susceptibles de faire du bénévolat et 13 % plus susceptibles de faire des dons caritatifs.
  • 60 % plus susceptibles d’indiquer se sentir heureux dans l’ensemble et 45 % plus susceptible d’indiquer se sentir confiants dans l’ensemble.
  • 50 % plus susceptibles d’avoir un réseau social solide.

Il est essentiel que les jeunes confiés aux services de protection de l’enfance puissent nouer des relations positives avec des adultes capables de les orienter et de leur fournir le soutien dont ils ont si désespérément besoin, alors qu’ils cheminent sur une voie cahoteuse vers un avenir plus stable. Les mentors ayant suivi une formation spécialisée peuvent transformer un jeune désespéré en un jeune ayant une perspective optimiste de l’avenir et affrontant les situations de sa vie comme autant d’occasions à saisir.


iIbid, p. 4. 16,825 children were living in care in 2010.
ii Bay Consulting Group, A Description of the Child Welfare System Landscape in Ontario, October, 2010, p. 24.
iii Ontario Association of Children’s Aid Societies, Child Welfare Report 2009/10, p.6.
iv Conference Board of Canada 2014 p.1
v My REAL Life Book: Report from the Youth Leaving Care Hearings. Office of the Provincial Advocate for Children and Youth May 2012, p 24.)