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Le dilemme de la crème glacée

leisha4Nous faisions la file pour nous acheter de la crème glacée. Ma Petite Soeur Letecia regardait le grand menu illuminé d’un air absent. Toutes les saveurs habituelles y figuraient : pâte à biscuits aux brisures de chocolat, tigré, gâteau au fromage à la cerise et ma préférée, pistache. Mais Letecia n’arrivait pas à se décider.

« As-tu choisi ? », lui ai-je demandé.

Letecia a hoché la tête, les yeux tournés vers le sol, la rougeur lui montant aux joues.

À l’époque, ma Petite Soeur avait dix ans et je commençais à comprendre ce qui se passait. Elle n’arrivait pas à lire le menu. Le mot fraise était trop difficile à épeler, sans compter les mots chocolat ou vanille. C’est pourquoi elle restait plantée là, les mains dans les poches de son capri de denim bleu, incapable de commander un cornet de crème glacée.

Il m’a fallu un certain temps pour me rendre compte à quel point ma Petite Soeur éprouvait de la difficulté à lire. Elle ne voulait jamais remplir les formulaires d’évaluation que nous recevions tous les mois aux activités des Grandes Soeurs. Sans explications, elle me disait de le faire moi-même. Elle m’aidait discrètement, mais elle ne voulait jamais tenir le crayon.

Je pensais qu’elle était simplement très calme. Enfant unique, elle n’avait jamais eu à se battre pour se faire écouter, alors je la croyais gênée.
En fait, elle ne savait pas lire.

« Parfois, je suis embarrassée, m’a-t-elle confiée. Je ne sais pas vraiment lire. J’ai de la difficulté à déchiffrer les mots. »

Ça m’a brisé le coeur, mais je savais qu’avec assez de patience et de détermination,

Letecia pourrait apprendre à lire.

Letecia et moi avons commencé à fréquenter la bibliothèque. Je voulais lire autant que je le pouvais avec elle. Nous avons pris une pile de livres destinés aux enfants de cinq ou six ans. Letecia ne s’en est pas formalisée. Elle a tourné les pages pleines d’illustrations colorées et a pris le temps d’épeler chaque mot.

Depuis que je fais partie des Grandes Soeurs du Canada, je me suis aperçue que Letecia n’est pas seule. Bon nombre des enfants jumelés ont de la difficulté à lire. Certains viennent de famille dans lesquelles les parents parlent une autre langue, d’autres de familles monoparentales et d’autres passent simplement dans les mailles du filet de l’école.
Rebecca Haugen peut en attester. En qualité de directrice des Grandes Soeurs de Regina, elle voit beaucoup d’enfants ne pas atteindre les exigences de lecture de leur niveau scolaire.

« Nous voyons beaucoup d’enfants de cinquième ou sixième année qui ont un niveau de lecture de première ou peut-être de deuxième année », affirme-t-elle.

Même la Petite Soeur de Rebecca éprouvait de la difficulté à lire. « Ça a commencé par des recettes ou par des panneaux publicitaires, et je me suis rendu compte qu’elle

ne savait pas lire du tout », raconte Rebecca.

Rebecca a décidé de lancé un programme de tutorat après l’école.
Elle l’a nommée Big Boost (Grand élan) et a encouragé beaucoup de Petites Soeurs à y participer.

« J’espère qu’elles ont un peu de plaisir à lire, expliquet-elle. C’est tellement important. Je sais que si on ne peut pas lire les questions en maths au secondaire, on ne peut pas se trouver un emploi. Ça devient un énorme obstacle. La vie devient très difficile quand on ne sait pas lire. »
Letecia et moi avons continué à lire ensemble, et elle essaie d’aller à Big Boost le plus souvent possible. J’ai vu Letecia acquérir la confiance dont elle a besoin pour réussir non seulement à l’école, mais aussi dans la vie.
Elle me prend désormais le crayon des mains pour remplir les formulaires d’évaluation des Grandes Soeurs. Elle essaie de me lire tout ce qui lui tombe sous la main : les documents de l’école, les billets de cinéma et les programmes au théâtre. Elle ne réussit pas à prononcer tous les mots, mais au moins, elle essaie. Et elle peut commander un gros cornet de crème glacée toute seule.


Leisha est une Grande Soeur de Regina. Elle est également
réalisatrice de radio pour CBC Saskatchewan.

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